Le Projet 44 donne vie en ligne à des journaux et des cartes de la Deuxième Guerre mondiale

Article / Le 8 juin 2020 / Numéro de projet : 20-0051

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Par Moira Farr, Affaires publiques de l’Armée

Ottawa, en Ontario — Alors que les Canadiens célèbrent le 76e anniversaire du jour J (6 juin 1944), ils disposent d'un nouvel outil interactif révolutionnaire qu'ils peuvent utiliser pour se faire une idée de la vie des soldats canadiens qui ont entrepris des voyages pénibles à travers l'Europe et ont contribué à mettre fin à la Seconde Guerre mondiale.

Le Projet 44, créé conjointement par Nathan Kehler et Drew Hannen de l'Association canadienne de recherche et de cartographie (ACRC), basée à Ottawa, avec un parrainage d’Anciens Combattants Canada, a numérisé les journaux quotidiens, aussi connus comme journaux de guerre, tenus par chaque unité canadienne pendant la guerre, et auparavant uniquement accessibles par les chercheurs sous leur forme originale à la Bibliothèque et Archives Canada. Le projet a également numérisé des cartes détaillées qui expliquent le déplacement de ces soldats en Europe vers la victoire. 

Maintenant, les historiens au Canada et partout dans le monde, les élèves de tous les niveaux et le détective de la famille souhaitant en apprendre davantage sur les expériences de guerre de leurs proches ont accès à un trésor d’information de première main sans quitter leur domicile. « C’est vraiment bien de voir le tout animé d’une certaine manière – c’est juste le strict minimum comme ça a été enregistré, les cartes qui ont été utilisées, alors vous pouvez commencer votre recherche avec un énoncé des faits, » explique M. Hannen.

Une ressource pour tous les Canadiens

Une première dans le monde, le site Web permet au public de visionner des milliers de pages de journaux de guerre, transcrites, éditées et numérisées avec soin par plus de 40 bénévoles pendant près de trois ans. Cela comprend également des cartes numériques détaillées, des comptes rendus de renseignement et des images aériennes de l’avance des forces alliées.

Actuellement, le site Web documente la campagne de Normandie et le mouvement des unités canadiennes dans le nord-ouest de l’Europe; cet été, il terminera la trilogie avec la campagne d’Italie, qui remonte à 1943.

La tâche de rassembler tout ce matériel en ligne nécessite de la rigueur et une panoplie d’outils numériques que Kehler et Hannen, en tant que cartographes spécialisés en données géospatiales historiques et en cartographie Web, étaient intéressés à utiliser et à expérimenter dans un contexte d’histoire militaire. 

« Vous prenez 125 journaux de guerre du Jour-J à la fin de la guerre, et ça vous dit ce que chaque unité faisait chaque jour, » dit M. Kehler. « Ils donnent également un emplacement géographique. Ils ont une grille-référence militaire. Ça vous permet, avec une carte papier, de déterminer où ils se trouvaient exactement, à moins de 100 mètres. Maintenant, avec cette intersection, nous pouvons faire une carte Web et montrer tout ça. »

M. Hannen dit : « Les cartes étaient la clé. Si les unités étaient à un endroit pendant quelques jours, ils se trouvent sur la carte à cet endroit précis. Mais il y avait beaucoup de variables. Certaines unités se déplaçaient de 30 à 40 kilomètres par jour. » 

Avec les cartes, les journaux de guerre ont été convertis en documents Word « pour les personnes qui aiment lire et qui sont enchantés par l’histoire linéaire de la campagne, » rajoute-t-il.

6 juin 1944 Place : CANAL ANGLAIS 

À l’heure H, le BDC 1740 se rendait au sud, hors de vue de la terre. On ignorait complètement ce qui se passait – sous les ordres du capitaine du navire, tous les appareils sans fil étaient éteints. Le soleil brillait, la mer était envahie d’embarcations amies, et à l’occasion des Spitfires et des Lightnings volaient au-dessus de nos têtes. Tout le monde essaie d’entendre le bruit des tirs au loin, mais la seule preuve de l’action ennemie était les mines occasionnelles qui flottaient tout juste à l’extérieur du canal ratissé marqué.

Extrait du journal de guerre de la 2e Brigade blindée canadienne 

Le site présente également des « cartes de l'histoire » qui racontent en profondeur les expériences de soldats individuels remarquables - une initiative lancée conjointement avec Moments déterminants Canada et le Centre Juno Beach, qui ont développé du matériel pédagogique pour les écoles canadiennes. Parmi ces soldats figurent  Phillip Pochailo, Charles Henry Byce, et George Pollard, l'un des 20 soldats canadiens tués dans le massacre de l'Abbaye d'Ardenne peu après le jour J. Une autre éminente Canadienne est Mona Parsons, qui a aidé les résistants néerlandais, a passé des années comme prisonnière de guerre et a fait une évasion audacieuse, pour finalement revenir au Canada. 

Craig Brumwell, un enseignant primé au secondaire de Kitsilano, en Colombie-Britannique, qui a travaillé sur le matériel pédagogique du jour de la Victoire en Europe, a fait l'éloge du Projet 44 comme étant « un outil parfait pour l'apprentissage de type enquête ». Et, ajoute-t-il, « c'est fait avec des histoires qui doivent être racontées ». Selon M. Brumwell, les élèves dont les membres de la famille ont combattu à la guerre ont une idée beaucoup plus précise de ce que cela signifie d'explorer les cartes. Les éléments visuels du site Web comprennent également des icônes de soldats, de chars et d'avions qui se déplacent le long des cartes dans les lieux où ils se trouvaient il y a 76 ans.

« Tout d'un coup, ils voient le lien entre l'endroit où se trouvait le membre de leur famille et la situation globale », explique M. Brumwell. « Cela devient presque un jeu vidéo. Ils sont récompensés en enquêtant sur plus d'informations. C'est du média enrichi. » 

Le site Web dispose même d'une barre d'outils en bas de l'écran qui permet aux élèves de tracer leurs propres lignes et de téléverser leurs propres photos pertinentes. « Vous les faites faire des zooms avant et arrière, regarder des vues obliques et des vues satellites et suivre le cheminement de ces unités. Ils ne font que le dévorer ».

Bénévoles dévoués

En lançant des appels sur les médias sociaux pour obtenir de l'aide dans la préparation de documents papier à numériser, Kehler et Hannen ont attiré un large éventail de bénévoles, dont trois lieutenants-colonels à la retraite. « Nous avons des bénévoles dans tout le Canada, au Royaume‑Uni et en Italie. Ils sont jeunes et vieux, et viennent de tous les milieux ». Parmi ces volontaires figurait Greg Pollard, le neveu de George Pollard, qui avait passé des années à faire des recherches sur le sort de son oncle pour un livre qu'il avait écrit. Grâce au Projet 44, il a pu voir pour la première fois le récit de la patrouille condamnée, ainsi qu'une photo aérienne de la zone où son oncle a été capturé. « Lorsque Nathan et moi étions en Normandie [en 2019], nous avons suivi le parcours de la patrouille dans ces champs. Les cartes historiques peuvent vraiment vous amener à ce niveau », dit M. Kehler.  

Le lieutenant-colonel (retraité) Frank Egan a tenu à participer au projet, en tant que soldat expérimenté, et avec de nombreux membres de sa famille – « y compris deux épouses de guerre » — qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale de première main. « J'avais fait des recherches sur le parcours de mon propre grand-père pendant la guerre, et après avoir été aux archives et à la bibliothèque, avoir beaucoup travaillé avec les anciennes microfiches, le fait qu'elles soient rendues accessibles à tout le monde, je me suis dit que c'était la meilleure chose qui pouvait arriver à cette histoire. » 

L’édition des journaux intimes a été laborieuse, mais elle en a valu la peine, dit-il. « C'est l'occasion de lire l'histoire d'une manière aussi convaincante et contemporaine, au moment même où elle a été faite. C'est plus facile de se relier aux choses quand on peut voir les unités en mouvement ».  

Le Lcol (ret.) Egan fait également remarquer que le fait de passer autant de temps à lire les journaux de certaines unités, les éditeurs comme lui ont appris à connaître la personnalité, même le sens de l’humour des responsables du journal de guerre de l’unité.

4 juin 1944 PLACE: ROUTE COWES

La coopération avec l’équipage du navire continue d’être excellente, jusqu’au point de produire une ration généreuse de rhum des réserves du navire pour tous les autres grades à bord. Conformément aux coutumes de la Marine, un officier de l’Armée se tenait près de la file s’attente pour être témoin de l’ingurgitation du rhum. 

Schématisation du passé, du présent et des futurs

M. Kehler, qui a servi au sein du Royal Canadian Dragoons (RCD) de 2007 à 2013, avec l’Escadron B RCD en Afghanistan et le 2e Régiment du génie de combat en Lettonie en 2018, retraité de l’Armée afin de consacrer son temps au Projet 44. En plus de sa valeur éducative pour les élèves canadiens de différents niveaux, il croit que ce sera également d’intérêt pour les collèges d’état-major. « Si vous jetez un coup d’œil aux unités de brigade blindée, par exemple, ils parlent de tactiques, du nombre de chars qu’ils ont quotidiennement, la quantité de munitions, de carburant… ces cartes vous aident vraiment à le visualiser, » explique M. Kehler. 

Le potentiel d’expansion du site et de collaboration avec d’autres pays qui souhaitent faire quelque chose de semblable est excitant pour ses créateurs. Ils ont déjà créé une carte pour le 75e anniversaire d’Iwo Jima, à la demande du personnel de la section historique du Corps des Marines des États-Unis.  

« Ce qui est fantastique est que ce que vous voyez à l’avant-plan est la carte Web. Ce que vous ne voyez pas est l’importante base de données que nous avons construite. Cela va nous permettre de répertorier tous ces autres pays, d’avoir des bénévoles qui participent et répertorient leurs unités. Donc s’il y a un expert de la division de la garde blindée au R.-U. et qu’ils ont les journaux de guerre, ils peuvent les répertorier avec la même qualité que nous, » dit M. Kehler. 

Maintenant et à l’avenir, les Canadiens peuvent être fiers que cet outil novateur servant à cartographier, comprendre et commémorer le passé soit vraiment fait au pays.

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