Nés pour servir : des chiens pour aider les anciens combattants atteints de TSPT

Article / Le 13 octobre 2020 / Numéro de projet : 20-0114

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Par Moira Farr, Affaires publiques de l’Armée

Seeley’s Bay (Ontario) — Assis sur son patio, dans la communauté tranquille de Seeley’s Bay, au nord de Kingston en Ontario, le sergent (retraité) Kevin Barter sirote un café Tim Horton en un après-midi nuageux de septembre.

Thunder, son chien d’assistance pour trouble de stress post-traumatique (TSPT) depuis près d’un an, est couché calmement à ses pieds. 

Comme il est la maison, le labrador retriever noir de 3 ans ne porte pas sa veste de service. Mais il porte un foulard en molleton à l’effigie des Maple Leafs de Toronto. « Il est partisan des Leafs, il n’a pas le choix », rigole le Sgt (ret) Barter.

Aujourd’hui, ils ont reçu la visite de Danielle Forbes, directrice générale de National Service Dogs (NSD), basé à Cambridge, en Ontario. Il s’agit de l’un des organismes d’entraînement de chiens approuvés par Wounded Warriors Canada

Kevin et Thunder viennent de réussir leur premier renouvellement de certification annuel depuis qu’ils forment une équipe. « Il n’arrivera pas à accomplir son travail si je ne fais pas ma part », explique Kevin. Ce dernier doit s’assurer que Thunder répond aux commandements et maintient sa capacité à lui fournir un espace sécuritaire lorsqu’ils font des sorties, au moins trois fois par semaine, notamment pour aller à des rendez-vous médicaux, aller à la banque, faire des courses ou (avant la COVID-19) prendre un café ou manger au restaurant. 

À sa première rencontre avec Thunder, lors de la semaine d’entraînement à Cambridge, Kevin savait qu’il avait trouvé le chien pour lui. « Dès que l’on voit son chien, le lien commence vraiment à se créer. Je ne sais pas comment ça se produit, mais on le ressent immédiatement. » Mais cette connexion s’accompagne d’une anxiété liée au processus d’entraînement. « J’étais mort de trouille, croyez-moi. Je ne savais pas si j’allais être assez bien pour lui. » 

Forbes explique que la peur est fréquente chez les anciens combattants lorsqu’ils rencontrent leur chien. Elle fait le parallèle avec le sentiment de devenir parent pour la première fois. Mais elle n’est pas inquiète pour Kevin et Thunder. 

« Tout va bien pour une autre année », lance Forbes, fière d’assister à une autre belle réussite. Son organisme en compte un grand nombre depuis le début du programme de TSPT en 2011. « Thunder a fait l’objet d’évaluations très poussées. Si nous ne pensions pas qu’il avait ce qu’il faut, il ne serait pas là. »

Thunder a changé la vie de Kevin, qui a pris sa retraite de l’Armée pour raisons médicales après 24 ans de service. « Nous avons une merveilleuse relation. C’est vraiment mon meilleur ami. » 

À juste titre, il a choisi la chanson Thunderstruck d’AC/DC comme sonnerie pour son téléphone.

« L’autre jour, je suis allé à Kitchener pour apporter un ordinateur à ma fille au collège. J’en ai profité pour aller voir ma sœur, qui habite aussi à Kitchener. Elle a plusieurs jeunes enfants et des chats. C’était assez bruyant, mais ça allait. Nous avons commencé à parler et soudainement, Thunder est venu me voir et a déposé sa tête sur mes genoux, l’air de dire "Est-ce que tout va bien? Je voulais juste vérifier." C’est instantanément réconfortant. »

L’expérience de Kevin corrobore les résultats d’une étude commanditée par Anciens Combattants Canada, publiés en 2019 : « L’étude a permis de constater des répercussions positives pour les vétérans souffrant du TSPT après l’acquisition du chien d’assistance, notamment une réduction du nombre de cauchemars, une amélioration de la qualité du sommeil, une diminution des symptômes de dépression et une intégration sociale accrue au sein de la collectivité. »

Un processus qui commence avant même la naissance du chien

L’élevage, l’entraînement et le maintien des compétences du chien est un processus laborieux qui coûte environ 40 000 $, de la naissance jusqu’à la retraite de l’animal. C’est ce qui explique en partie pourquoi l’attente est si longue avant que Wounded Warriors Canada (WCC), qui est uniquement financé par des dons, puisse jumeler un chien avec un ancien combattant ou un premier répondant.

Grâce à un réseau nord-américain d’éleveurs et d’entraîneurs qui assurent le suivi et le partage de renseignements sur les traits génétiques des parents et la qualité des portées, les organismes comme NSD peuvent choisir les meilleurs chiens reproducteurs pour obtenir des chiots possédant les caractéristiques optimales en vue de devenir des chiens d’assistance pour TSPT. (À l’heure actuelle, environ 65 % des chiens choisis et entraînés par NSD deviennent effectivement des chiens d’assistance pour TSPT ou autisme, selon Forbes. Ceux qui ne réussissent pas l’une ou l’autre des étapes de l’évaluation sont relogés comme animaux de compagnie au sein de familles aimantes.) 

Thunder a été parrainé par Purina. L’entreprise lui a donné son nom et fourni toute la nourriture et les soins vétérinaires nécessaires durant son entraînement. « Je crois que ce n’était pas un chiot facile. Mais ça ne paraît plus du tout maintenant. Il arrive que le comportement de l’animal se place à mesure qu’il grandit », souligne Forbes.

Thunder a suivi le programme de développement de NSD, qui commence lorsque les chiots ont deux jours, alors qu’ils sont toujours avec leur mère. « Il y a tout un processus à suivre. Nous les mettons sur le dos, les touchons entre les oreilles, évaluons leur réaction lorsqu’ils sont soulevés et tournés », explique Forbes. Au fil du temps, les éleveurs déterminent la sensibilité de chaque chien au toucher, au son, aux gens et aux animaux. « Au début, continue-t-elle, ils sautent partout dans la boîte, l’air de dire "prends-moi, prends-moi", mais on ne les prend pas tout de suite, on attend qu’ils s’assoient. Au fil du temps, lorsque les chiots atteignent environ 4 semaines, ils sont tous assis calmement dans la boîte lorsqu’on s’en approche. On façonne leur comportement dès le début. Et c’est ce qu’on obtient », conclut-elle en pointant Thunder.

Une attente qui en vaut la peine

Kevin a dû attendre quatre ans pour être jumelé avec Thunder, un délai trop long selon National Service Dogs et Wounded Warriors Canada. Malheureusement, l’organisme accuse actuellement un retard de six mois dans le placement des chiens en raison de la COVID-19. Le capitaine (retraité) Philip Ralph, directeur des services de santé à WWC, explique toutefois que la nouvelle politique convenue avec tous ses fournisseurs certifiés de chiens d’assistance est de ne pas ajouter de noms à la liste d’attente au-delà d’un délai de 2 ans, mais de plutôt les ajouter à mesure que des places se libèrent dans cette fenêtre de 2 ans. 

Wounded Warriors Canada assure le suivi de 36 placements cette année, et a une liste d’attente de 87 personnes. Malgré les répercussions de la pandémie sur les dons reçus, l’organisme a engagé un financement pluriannuel pour ce programme.

En repensant à la dernière année avec Thunder, Kevin souhaite transmettre le message suivant aux autres anciens combattants : « Si vous devez attendre, attendez. Inscrivez-vous sur la liste. Si un chien peut améliorer votre condition, oui, ça en vaut la peine. »

Kevin devient émotif lorsqu’il parle de ce que Thunder représente pour lui. « Heureusement, j’ai demandé de l’aide. Ça m’a pris beaucoup de temps, mais c’est la meilleure décision de ma vie. »

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