Photos interdites : la Première Guerre mondiale sans fard

Article / Le 9 août 2017 / Numéro de projet : 17-0052

Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

Remarque : pour visionner les photos additionnelles, veuillez cliquer sur la photo dans la galerie d'images.

Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard) — La discipline est essentielle pour toutes les forces militaires, mais un soldat qui a brisé les règles a rendu un grand service aux historiens lorsqu’il a apporté clandestinement une caméra au front et saisi des images authentiques du conflit dans la perspective du soldat.

Brenton Harold « Jack » Turner était déjà un fervent amateur de photographie lorsqu’il s’est enrôlé dans la 2e Batterie de siège du Prince Edward Island Regiment en 1915. Cet enthousiasme n’a pas faibli lorsque le soldat Turner est parti rejoindre les lignes de front de la Première Guerre mondiale. De fait, c’était tellement fort en lui qu’il a risqué des mesures disciplinaires en apportant subrepticement un appareil photo avec lui.

M. Turner a survécu à la guerre et il est revenu au pays avec un trésor de clichés remarquables dont il allait faire don plus tard aux archives provinciales de l’Île-du-Prince-Édouard et au Musée du PEI Regiment à Charlottetown. Le Musée du PEI Regiment, ainsi que des membres de l’association des musées de L’Î.‑P‑É., ont récemment produit une exposition présentant aux insulaires et aux visiteurs les œuvres de M. Turner et intitulée Instantanés d‘Armageddon : Jack Turner et la Grande Guerre.

Les photos ont été exposées au Musée et galerie du Centre des arts de la Confédération, à Charlottetown, et le Centre des arts et de la culture Eptek, à Summerside. Le Musée du PEI Regiment a fourni d’autres artefacts, dont une tunique de l’Artillerie de la Première Guerre mondiale, pour compléter l’exposition.

Le capitaine Greg Gallant, conservateur du Musée du PEI Regiment, dit que les images sont d’une candeur qui donne une vision plus réaliste de la vie dans les tranchées que ne l’auraient fait les photos officiellement approuvées.

« Sur l’une d’elles, on peut voir un groupe d’hommes de l’Î.‑P.‑É. qui sont assis dans une tranchée, occupés à enlever les poux de leurs uniformes », souligne‑t‑il. Il a pris des photos d’eux en train de déplacer les canons dans la boue, et on insiste sur la boue et sur la difficulté de la tâche consistant à repositionner ces batteries de siège. Je veux dire que ces canons étaient énormes et qu’ils devaient non seulement déplacer les canons, mais aussi tout l’équipement connexe. Quand on regarde certaines de ces photos, on se dit : “Mon dieu, ça a dû être vraiment difficile de les mettre en position, surtout avec toute cette boue.” »

Faire traverser l’Atlantique en contrebande à un appareil photo était une chose (exploit réussi par M. Turner en ajoutant une poche secrète à la manche de son uniforme), mais faire en sorte d’avoir un approvisionnement constant en pellicule a nécessité beaucoup d’aide des gens à la maison.

« Dans chaque paquet qu’il recevait de chez lui, sa mère avait dissimulé des rouleaux de film dans un tube de pâte dentifrice », explique le capt Gallant. « Je l’ai rencontré en personne avant son décès, et je me souviens que lors d’une entrevue faite avec sa fille, un officier supérieur lui avait dit : “Mon dieu, Turner, ta mère t’envoie beaucoup de pâte dentifrice. »

Sur l’une des photos préférées du capt Gallant dans la collection, on voit M. Turner lui‑même, assis en compagnie d’un camarade, en train de lire des nouvelles du pays.

« On peut voir qu’il lit l’Island Patriot, un journal qui a existé jusqu’à il y a environ 12 ans. C’étaient des gars de l’Î.‑P.‑É., et ils ont dû recevoir du courrier ce jour-là, avec quelques journaux, et ils ont pris le temps de les lire. »

Selon le capt Gallant, M. Turner était aussi un expérimentateur infatigable; il colorisait beaucoup de ses photos – ce qui n’est pas un mince exploit dans les années 1920 et sans numérisation – et il a créé des images composites en trois dimensions.

« Il prenait deux ou trois photos d’un sujet et, essentiellement, il découpait les images pour les coller sur une autre photo », souligne‑t‑il. « Et c’était vraiment très bien fait. »

Le Musée du PEI Regiment a aussi monté une exposition plus généraliste intitulée L’Î.‑P.‑É. dans la Grande Guerre. Elle est conçue pour être itinérante, et le capt Gallant est allé la montrer dans des écoles, des rassemblements de cadets et des événements communautaires sur l’Île. Elle fera un arrêt la Fête provinciale du patrimoine de l’Î.‑P.‑É. en mai.

Les artefacts en montre comprennent une grenade désarmée de la Première Guerre mondiale et un autre artefact qui, selon le capt Gallant, est particulièrement fascinant pour les jeunes à qui il l’a présenté.

« Nous avons un phonographe Thomas Edison de la Première Guerre mondiale qui remonte à 1913, c’est le modèle de l’Armée et de la Marine des É.‑U. avec sa feuille d’instruction », précise-t-il. « Des organismes de services locaux ont recueilli des fonds et l’ont présenté au régiment. Il s’en servait pour faire jouer des chansons patriotiques et de la musique d’église lorsqu’on tenait de gros services religieux. »

Les enfants d’aujourd’hui n’ont aucune idée », ajoute-t-il en riant. « Ils le regardent et se demandent ce que c’est et je leur réponds que c’est un lecteur de CD. Il est vraiment énorme. »

L’exposition fait aussi connaître certains insulaires remarquables. Parmi ceux-ci, on trouve Georgina Fane Pope, la première infirmière permanente du Corps de santé de l’Armée canadienne, et Rena McLean, une autre infirmière comptant parmi les victimes lorsqu’un sous‑marin allemand a torpillé le Llandovery Castle, un navire-hôpital britannique, en 1918.

Le capt Gallant dit que le fait de raconter des histoires concernant d’autres Prince‑Édouardiens permet de mieux faire comprendre la Première Guerre mondiale pour le jeune public.

« Lorsque les enfants viennent voir l’exposition, et lorsque je participe à la fête du Patrimoine, que je visite des écoles secondaires et que je participe aux rassemblements de cadets, je leur montre que ces gens sont de chez nous. Voilà pourquoi je crois que cette exposition et si importante. »

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